L'extra de l'ordinaire : TO DO, TA-DA !
Le bureau

L'extra de l'ordinaire : TO DO, TA-DA !

“Rangez votre chambre”, “Ne laissez pas traîner vos chaussures dans l’entrée”, “Est-ce que la personne qui a laissé sa serviette sur le sol de la salle de bain peut venir la ramasser avant que je ne fasse un malaise ?”, autant d’injonctions que j’ai entendu puis moi-même prononcer au sein de mon foyer. Le chaos m’inspire mais pas tant que ça, je crois faire partie de ces gens qui ont besoin d’ordre autour d’eux pour pouvoir aisément travailler, créer, ordonner ses pensées, l’anarchie dans mon cerveau faisant probablement déjà suffisamment l’affaire.

Mais jusqu’où pousser le curseur de la maniaquerie ? Est-ce vraiment tenable de vouloir toujours ranger sans sombrer dans la folie ? Même Marie Kondo a baissé les armes à l’arrivée de ses enfants comprenant que s’il y avait bien une bataille qu’elle ne gagnerait pas face à sa marmaille ce serait celle du rangement. Et puis, est-ce raisonnable d’imposer aux autres ce qu’on pourrait pas ailleurs tolérer pour soi-même ? Exemple à l’appui : les chaussures de mon mari. Que ma paire de ballerines mène sa propre vie en fin de journée au pied de mon lit ne me dérange pas plus que ça, je peux même y trouver une certaine désinvolture stylistique qui me va. En revanche, que la personne qui partage ma vie se permette de mettre un bazar épouvantable (car c’est ainsi que j’intitule son acte de paresse juste avant que la folie ne s’empare de moi et de lui invectiver de venir constater l’ampleur des dégâts) m’est insupportable. Ce que ça dit de ma personne ? Bien des choses. Mais consciente de cette névrose, je lutte pour ne pas tomber dans un quotidien qui serait rythmé par des commandements, plus nombreux que dix, évidemment.



Il faut que je vous parle de mon arrière-grand-mère d’Alger, mamie Éliette, aussi espiègle que coquette. J’ai eu la chance inouïe de passer 21 ans à ses côtés, elle m’appelait “cocotte” et moi je buvais ses anecdotes. Afin de vous faire une idée de cette grande dame aux cheveux argentés, elle fut la première institutrice de sa ville, elle conduisait gaillardement et jurait au volant avec l’assurance et l’indépendance d’un droit qui n’était à l’époque, ni chose acquise, ni chose facile. Elle avait ce pouvoir secret de tout rendre beau avec trois fois rien, ce talent caché de tout rendre bon, de vous faire sentir bien. Le temps passant, je revis ces instants avec le recul précieux des moments heureux, pourtant anodins sur le papier, ils sont aujourd’hui les grands gagnants de mes souvenirs médaillés. Une phrase m’est revenue en tête pas plus tard qu’hier alors que je faisais une vinaigrette, “tu sais je déteste ranger alors je le fais un peu tout le temps car le pire, pour moi, c’est d’y passer la journée”. C’était elle, cette phrase comme un bonbon, cette petite ironie dans le ton, cette formidable perception. Un bon sens qui défit les lois de la logique, quelques mots comme un coup de baguette magique qui font des grands ménages de printemps une épreuve insurmontable pour les averses au rangement.

Je ne crois pas connaître grand monde d’ailleurs qui apprécie le sacrifice d’un jour de sa semaine pour s’atteler avec enthousiasme au tri des étagères ou à la folle espièglerie de faire la poussière. De ce conseil je pense qu’on peut dire que c’est une merveille; ranger un peu tout le temps c’est s’éviter de rendre ça trop important. De tous les bavardages avec ma bisaïeule je pourrais en faire un recueil mais lorsque j’écris ma To Do pour la semaine c’est celui-ci, surtout, qui revient comme une rengaine.

Et si vous aussi l’idée de trier les livres par ordre alphabétique vous donne des envies de meurtres assez explicites, si la vision d’une liste de tâches infinies vous fait mourir d’ennui, alors je vous suggère d’essayer d’appliquer le principe de mon arrière-grand-mère. Et comme un rien peut tout changer c’est peut-être finalement cette poussière d’effort au quotidien qui fait tout étinceler.