C’est en 2020 que j’ai poussé la porte de l’entreprenariat pour la deuxième fois, la première ayant été une marque de vêtements pour bébés que j’ai tant aimé, mais avortée en même temps que l’arrivée des miens de bébés, justement. Wabi maintenant c’est une grosse partie de ma vie, mon quotidien, mon travail, ma passion, un mode d’expression où vie professionnelle et vie personnelle ne font qu’un au jour le jour. Néanmoins une question revient souvent : “ Mais tu n’en as pas marre d’être seule Charlotte ?”. À cette interrogation je réponds “non” et pourtant derrière cette négation, il y a tant à dire.
Déjà, que je mène un combat intérieur où ma fanfaronnerie intempestive de faire des blagues tel un ménestrel qui aurait rempli l’Accor Arena sur un malentendu me demande en réalité de déployer une énergie invraisemblable au contact des autres, ce qui m’épuise rapidement et qui fait que j’aime en voir des gens, mais pas tant que ça, et puis surtout, toujours les mêmes. Ce petit noyau qui ne demande ni introduction, ni présentation, celui qui s’est construit petit à petit, un peu comme chaque client qu’il y a maintenant derrière Wabi.
Le deuxième point étant que la vie de bureau et moi n’avons jamais fait très bon ménage, au même titre qu’un Cahuzac en tête à tête avec ses factures, le rendez-vous face à la machine à café fait de moi un animal en captivité. Bien sûr qu’après mes études, je me suis engagée dans cette voie plus traditionnelle avec ferveur et enthousiasme, en brandissant l’étendard de la carrière flamboyante d’une Andrea Sachs en puissance qui va conquérir la planète mode, ce fut bref. En tout et pour tout, 8 ans de CDI, des litres de larmes et un sentiment de culpabilité qui défiait les lois de mon sommeil et de mon anxiété.

Fut un temps je dessinais des collections dans une grande maison de couture, et bien sûr l’agitation au moment des défilés plusieurs fois par an justifiait que toutes les équipes vivent et respirent avec la même tension que si l’on sauvait des bébés cardiaques. Je me rappelle d’un soir, et quand je dis soir, je parle d’un 3h du matin bien sonné, où j’avais gaillardement décidé de faire un passage aux toilettes alors qu’on m’avait assigné de repasser des cols de chemises (qui tenaient déjà droit de façon presque inquiétante), une mission donc, qui incombait une responsabilité sensiblement importante. Ma boss, dans le milieu du vêtement c’est comme cela qu’on désigne la personne que l’on voit tous les jours et qui se permet de vous aboyer après, m’a vu attendre devant les commodités et ayant trouvé ça ostensiblement osé de ma part d’avoir pris une telle autonomie m’a demandé si je souhaitais me faire virer. J’ai répondu que oui et c’est ainsi que suis partie, la fleur au fusil vers une nouvelle aventure et tout cela sans même finir d’amidonner mes encolures.
Après ça ce fut un long chemin pour moi que d’emprunter les traverses qui mènent à une liberté assumée. Bien sûr que l’on s’en fiche du regard des autres, disent-ils, mais comme j’ai souvent rêvé d’avoir un Linkedin impeccable, de m’inventer une savante reconversion d’experte comptable où je pouvais me présenter en une phrase sans avoir à dérouler l’équivalent d’un long-métrage. Il y a peu, un de mes meilleurs amis m’a envoyé un message plein d’ironie qui disait “on t’a imaginé l’autre jour en train de faire tes petites vidéos, on a bien ri”. Sans évoquer l’aspect de la moquerie de ce que ces mots signifient ils démontrent surtout qu’après six années, certains pensent encore que je passe ma vie à m’amuser.
Alors si vous aussi vous préférez déjeuner seul face à votre assiette plutôt que d’envoyer un google cal pour un rendez-vous à la cafet’ ou si au contraire que l’idée d’un séminaire d’entreprise qui vous propulse sur un bâteau de croisière vous électrise, et bien moi je souhaite à chacun de trouver le tempo qui lui convient. Car d’expérience je crois qu’il n’y a pas de science à la créativité mais qu’il y a toujours du sens à savoir s’écouter.