Le téléphone, à mon plus grand désespoir fut détrôné par son acolyte individualiste : le portable. J’ai des souvenirs impérissables d’une version murale à la campagne qui avait un cadran rotatif pour les chiffres qui m’amusait terriblement, ou encore son cousin, le fixe, que nous avions à Lyon chez mes parents avec un petit écouteur rond à l’arrière qui permettait au curieux d’à côté de suivre la conversation en toute discrétion. J’ai adoré pouvoir appeler mes copines après l’école en demandant d’abord la permission à l’adulte qui décrochait si une telle était disponible. Et plus tard, bien sûr, l’excitation et le frisson d’appeler un garçon à une heure tardive, 20h tout au plus bien entendu, car par principe après le dîner, ça ne se fait plus.
Entre instagram, duolingo, whatsapp, les mails en pagaille et les innombrables notes vocales quotidiennes qu’on s’envoient avec mes amies, il est évident que je coche toutes les cases d’une grosse addicte à son téléphone. Mais alors comment dire à mon aînée de neuf ans qui veut un portable pour le collège que chez soi, c’est un espace privilégié pour passer un moment ensemble ? Comment en faire, de temps en temps, un endroit coupé du monde qui permet de se retrouver en lieu sûr une fois la journée terminée, surtout si celle-ci fut compliquée ? Après avoir regardé “Adolescence” sur Netflix et lu “Les enfants sont rois” de Delphine de Vigan, je me suis beaucoup questionnée sur le rapport aux écrans que j’allais pouvoir, et surtout devoir, inculquer à mes enfants en commençant par trouver une solution pour avoir quelques heures par jour où personne n’est connecté. C’est en vacances à l’hôtel il y a quelques semaines que l’idée m’est apparue. Dans la salle de sport de ce dernier il y avait un magnifique téléphone filaire qui permettait d’appeler la réception, et uniquement la réception, en cas de problème. Un délicieux goût de déjà vu qui a fait vriller mon cerveau : “bon sang mais c’est bien sûr !”.

La ligne téléphonique, bien que très rarement utilisée aujourd’hui, existe dans tous nos appartements et maisons, ce qui permet tout de même de rester joignable en cas de besoin pour nos proches. Après avoir mûri le projet comme un business plan bien ficelé j’ai fait passer l’idée suivante : entre 18h et 20h chez nous, c’est zone blanche. Nos portables en mode avion atterrissent dans un panier (encore un si vous suivez) afin de passer deux heures en pause, et nous, nous sommes libres de cultiver notre jardin, au sens propre ou figuré, tout en ayant la possibilité d’être contacté par le réseau cuivre. J’ai évidemment été dénicher des téléphones d’occasion de toute beauté qui ont un délicieux style des années 80 afin de pouvoir m’asseoir avec allure comme une petite vieille sur son fauteuil pour passer mes coups de fil à heures fixes. Car sevrée, oui, muette, jamais.
Alors si vous aussi la fatigue numérique vous envahit parfois et que l’avalanche d’informations vous met souvent dans le désarroi, je vous invite à couper le son certains soirs à la maison.