Il y a des quêtes, telle que le trésor des Templiers ou encore le diamant de Jacques Clouseau (si vous n’avez pas la référence concernant la Panthère Rose je ne sais plus quoi penser de vous) qui sont un peu celles d’une vie. Me concernant, fut un temps, trouver un couteau à pain digne de ce nom était devenue une légère obsession. Je rentrais dans une quincaillerie et j’avais cet espoir secret que j’arriverais à mes fins, un peu comme à Disneyland lorsque l’on tente nonchalamment de retirer Excalibur, l’épée du roi Arthur de son rocher, avec une petite voix furtive dans la tête qui résonne “si ça se trouve ça y est, je vais y arriver”.
Selon moi, cette trancheuse de tartines devait remplir plusieurs critères bien précis. Le premier, une capacité à découper en un coup, un seul, une miche de pain de campagne avec une croûte bien épaisse. “Il n’y a rien de plus dangereux qu’un couteau mal aiguisé” mais j’ajouterais surtout qu’il n’y a rien de plus détestable qu’une tranche de pain coupée de travers qui fait qu’en bout de parcours, la dernière partie ressemble à un animal en fin de vie. Évidemment, pour entrer dans cette catégorie, on élimine d’office les prétendants à lames lisses et on opte pour un sourire à dents force 7 sur l’échelle de la baguette.
Condition numéro deux, et croyez-moi l'étude de marché fut poussée, éviter les manches en bois. Ces derniers ne passent pas au lave-vaisselle sans quoi cette matière naturelle gonflée d’eau va se dilater et peu à peu s’octroyer une autonomie que personne ne lui a donné. Au-delà donc de la probabilité élevée de vous retrouver avec du métal et rien d’autre dans la main vous aurez probablement au préalable quelques échardes bien plantées entre l’index et le majeur en pleine préparation d’un jambon-beurre.

Mon critère numéro trois peut paraître farfelu mais dans mon monde où chaque chose a une place il est d’une logique absolue : je n’aime pas les couteaux trop grands car ils ne rentrent nulle part, ni dans la boîte à pain, ni dans le tiroir. Et malgré ce qu’en dit l’adage, à savoir que “la taille, ça ne compte pas”, en ce qui me concerne je n’ai pas besoin d’un sabre pour découper de la focaccia.
Figurez-vous que le graal me fut rapporté par mon père alors que ce dernier, lors d’un séjour parisien, était parti au bazar du quartier pour acheter un tournevis cruciforme que je n’avais pas en stock. Chirurgien dentiste retraité, je profite de chacun de ses passages pour exploiter ses capacités de bricoleur méticuleux et patient. Ce que je ne suis pas du tout car, lorsqu’il s'agit d'œuvrer dans le bâtiment, je me munie du premier marteau qui traîne et tel un général d’infanterie que le devoir appel je sors l’artillerie lourde en commençant par une grosse phase de démolition. Les habitants de mon domicile m’ont donc gentiment demandé de laisser ça à d’autres. Mon papa étant aussi audacieux que moi dans sa sélection d’articles lorsqu’il déambule dans un commerce à choix multiples, je l’ai vu revenir les bras chargés de trésors en tous genres et parmi eux, un couteau à pain, le couteau à pain.
Absolument personne ne sponsorise cette newsletter donc sachez que toutes mes recommandations viennent du cœur et je vous mets en bas de cette missive le lien des 20 cm en acier trempé qui sont un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour ma communauté.
Alors si vous aussi vous avez parfois perdu des points de vie en cherchant un objet qui n’existe à priori que dans votre inconscient, je vous invite à garder l’espoir qu’un jour il vous sera rapporté fortuitement, même si cela demande souvent d’être patient.