Aujourd’hui nous allons parler sucre. Pas celui de coco, de riz ou d’agave mais le classique, issu de la betterave. Clairement je vous déconseille de faire un placement boursier sur cette racine colorée qui est largement boudée ces dernières années car tenue responsable de tous nos diabètes et autres cauchemars glycémiques. Et même si je suis partisane d’une cuillère de miel à n’importe quelle occasion je nous trouve un peu sévère avec ce quadrilatère de huit grammes qui se voit décrié alors qu’avec modération je lui trouve un certain charme.
Pour commencer je vais avant tout vous parler de la sauce tomate de ma grand-mère de Cannes. Je la voyais pendant les vacances et elle avait quelques recettes bien précises au compteur de ses spécialités qu’elle nous préparait tous les étés à mon frère et moi. L’une d’entre elles : les spaghettis sauce tomate basilic. Elle et mon grand-père prenaient régulièrement la voiture afin de passer la frontière italienne à proximité, ils revenaient le coffre chargé de vivres en tous genres et parmi celles-ci du coulis di pomodori. La cuisine était petite et toute en longueur, il y avait un énorme pot d’olives noires qu’on dévalisait du soir au matin et un joli balcon avec vue sur les mimosas du voisin. Debout derrière sa casserole, je me plaçais sagement à sa droite sur un petit marchepied afin de suivre attentivement les moindres faits et gestes qui accompagnaient la préparation de la régalade annoncée. Je n’avais pas le droit de toucher à quoi que ce soit lorsqu’elle faisait chauffer l’huile, revenir l’ail ou qu’elle versait le coulis en tapant les fesses de la bouteille en verre afin d’en extraire la moindre goutte mais j’avais une mission : déposer délicatement un carré de sucre, un seul, afin de transformer l’acidité de ce nectar en sauce parfaitement équilibrée. De toute la tendresse et des souvenirs que j’ai pu emporter quand elle est partie cette intervention culinaire anodine m’est restée en tête comme une merveilleuse mélodie.

Le deuxième usage dont je vais vous parler et qui ferait bondir n’importe quel diabétologue en pleine lecture de ma newsletter est le fameux trempage de sucre dans son café à 14h. Là encore des restes tout droit sortis des repas de fête en famille où j’ai découvert la caféine en même temps que les pics d’insuline. Ayant décidé de transmettre cette tradition propice aux caries ainsi que mon addiction au café à mes enfants le plus rapidement possible, je me délecte de les voir à leur tour trempouiller un carré de sucre dans ma tasse à la fin d’un déjeuner.
Dernière étape de ce doux périple : le yaourt nature. La moindre supérette de quartier propose aujourd’hui un choix de produits laitiers aussi variés que les options d’une liste d’un conseiller d’orientation face à un étudiant en quête d’avenir. Grand bien m’en fasse car je n’ai qu’un amour et depuis toujours : les veloutés. Bien sûr que je pourrais les agrémenter de fruits au sirop ou de confiture afin d’aromatiser les plaisirs mais là encore le verdict est sans appel, le sucre roux unique objet de mes désirs. Voici comment procéder : se munir de son sucrier bec verseur le plus beau, mélanger immédiatement dès que les grains atterrissent dans le pot et déguster aussitôt.
Alors si vous aussi vous êtes convaincus que rien n’est interdit mais que tout est une question d’équilibre je vous invite à retrouver le plaisir régressif d’un simple morceau de sucre, car comme dirait Mary Poppins, ça vous rend la vie plus belle.