L'extra de l'ordinaire : le beurre d'amande
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L'extra de l'ordinaire : le beurre d'amande

Des anchois, de l’ail, des tomates italiennes pelées en conserve, de bonnes pâtes sèches, de la sauce Chirashi, des cornichons et du safran, voici la liste non exhaustive des ingrédients incontournables de mon fond d’épicerie. À cela s’est ajouté depuis quelques années, le beurre d’amande (grillées je précise).

La version à la cacahuète pour moi avait le goût d’une Amérique lointaine et inconnue, celle que je découvrais à travers “Notre Belle Famille” où ils avaient parfois l’audace d’y tremper des tiges de céleri, un produit presque exotique qu’on ne trouvait pas dans les supermarchés français. Autant vous dire que mon vœu le plus cher à l’époque était de déguster le fameux sandwich “peanut butter and jelly” sur du pain de mie email diamant à l’heure du goûter, idéalement chaussée de rollers fluos aux pieds. À la place j’avais des socquettes à volants, une robe à smocks et de la baguette avec du chocolat noir, une enfance difficile donc. Le jour tant attendu arriva lors d’un périple familial en Floride lorsque j’avais 8 ans et la déception fut à la hauteur de mon attente : immense. J’ai donc rayé de la liste des courses, ce jour-là, les purées d’oléagineux.

Même si la curiosité est très certainement quelque chose qui me caractérise, il va de soi que je parcoure les rayons de mes commerçants habituels avec moins de zèle et d’entrain que la première fois où j’y suis allée. Mon oeil habitué fait que mes choix sont assez répétitifs et je suis même au comble du désespoir lorsqu'il n’y a plus “mes sardines” ou “mon pesto” sur les étagères. Lors de mes années en Californie j’ai découvert un nouveau monde de saveurs, j’ai parcouru les allées immenses des boutiques où les étiquettes étaient celles des sitcoms qui m’avaient vu grandir et j’ai halluciné sur une catégorie d’aliments à part entière : les “spreads” (ce qui pourrait se traduire en français par “tout ce qui se tartine”). J’avoue qu’à part le tarama ou la tapenade j’étais plutôt novice en la matière. Lorsque j’ai vu le nombre de pots en verre qui portaient le nom de “butter” suivi de tous les fruits secs possibles et imaginables j’ai décidé qu’il était temps de m’y aventurer à nouveau. Ma collation ratée 20 ans plus tôt a poussé le vice de ma rancune à dédaigner la cacahuète jusqu'au bout et à porter mon choix sur sa consoeur, l’amande. J’ai ensuite lu que c’était nutritionnellement intéressant, source de fibres en tous genres et une version évidemment beaucoup plus saine que la pâte à tartiner indétrônable à trois syllabes.

J’ai timidement commencé par en tartiner du pain grillé à peine rentrée à la maison en trouvant ça “étonnant mais très bon”. Petit à petit j’en ai mis dans mes fromages blancs pour le goûter, avec mon granola le matin pour essayer, dans mes sauces asiatiques pour parfumer ou dans un gâteau pour changer. Désormais non seulement il est toujours dans mon panier sans y penser, mais il est aussi l'héroïne de mon dessert préféré, à savoir : glace au yaourt, graines de grenade fraîche et une grosse cuillère de beurre d’amande. La théorie voudrait que pour apprécier un nouvel aliment qui se fait désirer il faudrait en moyenne cinq fois ainsi qu’un contexte positif afin de définitivement l’adopter.

Alors si vous aussi vous étiez fâché avec la version arachide des années 80, je vous invite à glisser cette margarine du 21e siècle dans votre caddie. Et peut-être même qu’avec de la gelée de groseille ou de cassis nous irions jusqu'à en faire un PB&J version frenchie.