L'extra de l'ordinaire : câpre ou pas câpre.
Le bureau

L'extra de l'ordinaire : câpre ou pas câpre.

Lorsque j’ai commencé à cuisiner, je dirais vers l’âge de 10 ans, j’ai d’abord eut une passion dévorante pour la pâtisserie. À grands coups de fouets et autres papiers sulfurisés, j’enchaînais madeleines et glaces italiennes avec zèle comme si rendre ma famille diabétique était un objectif de vie à atteindre, et rapidement. D’abord j’ai eu ma phase Escoffier, opéras et pièces montées, je ne jurais que par les classiques en chantonnant “c’est la fête” de la belle et la bête. Ensuite, et je tiens à préciser que, même si c’est gênant aujourd’hui, à l’époque je portais un Cimarron camouflage effet peau de pêche, une coupe de cheveux douteuse avec une énorme mèche et un soutien-gorge turquoise sous un pull style filet de pêche, autant dire que l’embarras ce n’était pas pour moi. Dans cette même période glorieuse j’ai donc assumé un gros penchant pour la tendance aux desserts déconstruits, qui ont vite fini par agacer tout mon entourage, surtout ma grand-mère qui ne comprenait pas pourquoi la tarte au citron dominicale était finalement en verrines, avec des miettes en guise de pâte brisée, et moi à côté en train de secouer frénétiquement le siphon pour la meringue.

Entre le pic glycémique déraisonnable et mes décisions stylistiques douteuses, je me suis dit qu’il était temps de prendre un virage, dans mes choix vestimentaux comme derrière les fourneaux.



Le bonheur de la cuisine c’est qu’il y a une grande place à l’improvisation et moi j’aime cette liberté d’action. Pouvoir remplacer le sel par des anchois, oublier le beurre mais y mettre à la place de la ricotta, parsemer n’importe quel plat de graines de chia.

Lors d’un voyage en Italie je me rappelle d’un aperitivo où j’avais dégusté des cornichons accompagnés de parmesan, des crostini aux foies de volaille (alors que les abats et moi ne vivons pas une grande histoire d’amour) ou encore un tramezzino qui déclencherait une émeute chez Sodebo. Les italiens ont ce talent de pouvoir sublimer n’importe quel ingrédient et de savoir faire, avec trois fois rien, le plus merveilleux des festins. Sur un vitello tonnato, au détour de ce séjour, je m’étais étonnée du pouvoir des câpres qui faisait de cette entrée un régal inégalé. La petite touche de sel et d’acidité qui donnait envie de saucer et de s’y replonger jusqu’à ce que l’assiette soit parfaitement lustrée. Dès lors, j’ai compris que cette petite fleur issue d’un arbuste épineux était un formidable terrain de jeu. On les trouve partout et dans plusieurs tailles, au vinaigre, au sel, à l’huile, avec ou sans la tige, j’en fourre mon placard de bocaux et j’en assaisonne les plats à gogo.

Je crois qu’il ne faut jamais acheter un ingrédient pour une seule recette et se dire ensuite que le reste va dormir dans le frigo jusqu’à ce que date de péremption s’en suive. Il faut au contraire voir ça comme une opportunité de s’approprier cette nouveauté et démystifier parfois la crainte qu’on a de changer nos petites habitudes bien ancrées. Les câpres je les glisse dans une mayonnaise avec du thon pour twister mes oeufs mimosas, je les fais frire dans l’huile d’olive avant de les parsemer sur un morceau de poisson froid, je les ajoute à la sauce tomate de mes pâtes afin d’avoir le plaisir d’en croquer un par-ci par-là ou je les découpe au couteau avec plein d’herbes et du citron pour en faire une gremolata.

Alors si vous aussi vous êtes parfois un peu farouche face à un nouvel ingrédient, je vous invite vivement à dépasser cette timidité car le seul défi à relever en matière d’assaisonnement doit être aussi plaisant qu’un jeu d’enfants