L'extra de l'ordinaire : ça plane pour moi
Le bureau

L'extra de l'ordinaire : ça plane pour moi

Vous apportez quoi lorsque vous êtes invités chez des amis ? Des fleurs, du vin, des charlottes Wabi ? J’étais obligée … Depuis quelques années, moi j’ai trouvé le meilleur des cadeaux, après celui énoncé quelques secondes plus tôt. Une microplane, l’ustensile qui fait mouche. Je me rappelle avoir découvert cette râpe par hasard aux États-Unis lorsque toutes mes pérégrinations me conduisaient invariablement chez William & Sonoma à San Francisco, tous les chemins mènent à Rome que voulez-vous. Pour ceux qui ignorent l’incarnation du paradis de la cuisine il s’agit de cet endroit : trois étages où l’on finit systématiquement par dépenser son salaire en torchons, vermisucres ou presse à tortilla en fonte.

Un beau matin de juillet j’ai jeté mon dévolu sur ce zesteur de compétition que j’avais vu passer dans des recettes instagram beaucoup trop chics pour être vraies et la pluie de parmesan aussi mousseuse et légère qui en émanait m’avait convaincue d’essayer. En rentrant chez moi j’ai fait des spaghetti afin de subtilement les agrémenter d’une montagne de fromage et depuis, elle et moi, ne nous sommes plus quittées. Que ce soit pour l’ail, la noix de muscade, le citron, râper du pain dur pour en faire de la chapelure, réduire n’importe quel aliment en poudre de perlinpinpin c’est l’ustensile à toujours avoir sous la main.

Il y a un sel dans la vie que je trouve formidable à apporter dans son quotidien : être attentionné. Avec l’une de mes meilleures amies qui est aussi fantastique que férue de cuisine nous avons des rituels bien ancrés comme se rapporter un petit souvenir de nos vacances, s’envoyer des cartes postales, se dire bonjour tous les matins même par le biais d’un rapide texto, valider n’importe laquelle de nos décisions moins le quart quitte à gérer la crise plus tard. Sans faille. Parmi ces traditions, une s’ajoute au calendrier chaque année, prendre le temps de faire un dîner de Noël, avant ou après la date officielle. La première fois où nous avons commencé à mettre cette habitude en place je me rappelle de la jubilation avec laquelle j’avais soigneusement emballée une microplane comme si je sortais de chez Tiffany’s, j’aurais mis la main sur un trésor enterré rue Cambon que je n’aurais pas été plus fière. Mais le plus beau, c’est qu’au déballage de ce grattoire haut de gamme en plein restaurant, j’ai vu la même excitation dans ses yeux que celle que j’avais eu moi-même 5 ans plus tôt. On a les amies qu’on mérite.

Sur le chemin du retour j’ai soudainement réalisé que j’étais devenue ma grande tante, Tatie Dany, qui m’offre inlassablement des boîtes, toutes tailles et formats confondus, et ce depuis des années, parce que, je cite “c’était toujours pratique”. Évidemment qu’à 14 ans je trouvais ça frustrant mais dorénavant lorsque l’occasion se présente, on échange un regard complice lorsqu’elle me tend un paquet en me disant : “alors alors, une idée ma caille ?” puis on rigole une fois le papier déchiré en s’exclamant “ une boîte !”.

Bref, ce que j’ai réalisé en offrant une râpe à fromage en guise de cadeau de Noël à mon amie ce soir-là, c'est qu’au lieu de courir après des gadgets extraordinaires fraîchement médaillés du concours l’Épine afin de surprendre son assemblée, il est toujours bon d’opter pour un objet que l’on aime nous même utiliser. Et si l’idée vous paraît un peu farfelue d’emballer une microplane le moment venu, n'oublions jamais qu’un zeste de folie est parfois ce qui rend la vie plus jolie.